Mécanisme méconnu mais redoutablement efficace, la tontine permet au survivant de devenir seul propriétaire au coût d’un simple droit de mutation Vous achetez un bien immobilier à deux, sans être mariés. Vous êtes en concubinage, ou pacsés sans contrat, et vous souhaitez que votre partenaire puisse conserver le logement en cas de décès. Sans dispositif particulier, la situation est potentiellement catastrophique : la part du défunt entre dans sa succession, et les héritiers légaux — ses enfants, ses parents, ses frères et sœurs — peuvent réclamer leur part. Le survivant se retrouve en indivision forcée avec des tiers, parfois dans l’incapacité de racheter les parts. La clause de tontine — juridiquement appelée clause d’accroissement — est l’une des réponses les plus élégantes à ce problème. Peu utilisée, souvent mal comprise, elle mérite d’être examinée avec soin avant toute acquisition à deux. La tontine tire son nom de Lorenzo Tonti, financier napolitain qui inventa au XVIIe siècle un emprunt collectif dont les intérêts étaient reversés aux survivants jusqu’au dernier d’entre eux. Appliquée à l’immobilier, la logique est similaire : en insérant une clause d’accroissement dans l’acte notarié d’achat, les deux co-acquéreurs stipulent que le survivant sera réputé avoir été seul et unique propriétaire depuis l’origine de l’acquisition. Il ne s’agit pas d’une donation, ni d’un legs. C’est une condition suspensive réciproque : chacun des deux achète la totalité du bien sous la condition de survivre à l’autre. En pratique, au décès du premier, le droit de propriété du survivant se « cristallise » rétroactivement — comme si l’autre n’avait jamais existé dans l’acte. Aucune formalité successorale n’est nécessaire pour le bien concerné. Concrètement, la clause doit figurer dans l’acte authentique de vente, rédigée par le notaire. Elle ne peut pas être ajoutée après coup sur un bien déjà acquis en indivision — sauf à procéder à une revente et un rachat, ce qui génère des frais et une fiscalité spécifique. C’est pourquoi elle doit être anticipée dès la phase de projet d’acquisition. L’intérêt majeur de la tontine est fiscal. En droit commun, un concubin qui hérite de son partenaire non marié et non pacsé est soumis aux droits de succession au taux de 60 % (après un abattement symbolique de 1 594 €). Pour un appartement de 800 000 € dont la moitié était détenue par le défunt, le coût fiscal peut dépasser 230 000 €, parfois insupportable pour le survivant. La tontine échappe à ce régime confiscatoire. Conformément à l’article 754 A du Code général des impôts, l’acquisition de la part du défunt par le survivant dans le cadre d’une clause d’accroissement est soumise aux droits de mutation à titre onéreux, comme une vente ordinaire. Le taux applicable est celui des ventes immobilières, soit environ 3,80 % sur la valeur nette de la part acquise — contre 60 % en l’absence de tontine. L’économie est considérable. * Le PACS avec testament permet une exonération totale pour le partenaire survivant (abattement 80 724 € + loi TEPA 2007). ** Assurance-vie : abattement 152 500 € par bénéficiaire, prélèvement 20 % au-delà. Estimations indicatives, situation fiscale individuelle à vérifier avec un conseil. Attention toutefois : si le PACS avec testament permet une exonération totale des droits de succession pour le partenaire survivant, la tontine reste supérieure dans les situations où le PACS est refusé (raisons personnelles, administratives, ou cas de partenaires étrangers non résidents) ou lorsque l’assurance-vie ne peut pas absorber la totalité de la valeur du bien. La tontine n’est pas un mécanisme à utiliser sans précaution. Pour être valide et produire ses effets fiscaux favorables, elle doit réunir plusieurs conditions cumulatives. La condition fondamentale est l’existence d’un aléa réel au moment de la signature. Les deux parties doivent présenter des espérances de vie suffisamment comparables pour que chacune puisse raisonnablement espérer survivre à l’autre. En pratique, un écart d’âge important — au-delà de vingt à vingt-cinq ans selon la jurisprudence — peut conduire l’administration fiscale à requalifier la tontine en donation déguisée, avec requalification en droits de succession. De même, si l’un des co-acquéreurs est atteint d’une maladie grave au moment de l’achat, l’aléa est inexistant et la clause encourt la nullité. La jurisprudence de la Cour de cassation est constante sur ce point depuis l’arrêt du 22 novembre 2005. Les apports de chacun doivent être proportionnels à leur quote-part dans l’acte. Si l’un contribue à 90 % du prix et l’autre à 10 % mais que l’acte stipule une propriété à 50/50, l’administration fiscale peut analyser la situation comme une donation partielle, taxable en conséquence. Il convient de calibrer précisément les apports respectifs — apport personnel, part de crédit — en cohérence avec les pourcentages indiqués. La clause doit être rédigée par le notaire avec une précision extrême. Toute ambiguïté sur sa nature, ses effets ou son caractère réciproque peut compromettre son opposabilité à l’administration fiscale ou à des tiers. Un notaire spécialisé en droit patrimonial est indispensable. La tontine présente des contraintes pratiques importantes qui peuvent la rendre inadaptée à certaines situations. La tontine ne peut pas être défaite unilatéralement. Les deux parties doivent consentir à la modifier ou à la supprimer. En cas de séparation, la situation peut devenir bloquée si l’un des partenaires refuse de coopérer — seule la vente du bien permet de sortir de l’impasse. Le bien tontiné échappe à la succession du premier mourant, ce qui exclut ses héritiers — y compris ses enfants d’une précédente union. Si le défunt avait des enfants réservataires, ceux-ci ne peuvent pas réclamer leur réserve héréditaire sur ce bien. Attention à l’équilibre successoral global. La vente du bien tontiné requiert l’accord des deux partenaires, comme pour toute indivision. En revanche, la tontine ne permet pas la sortie unilatérale par voie judiciaire (l’action en partage ne s’applique pas). Un blocage peut durer des années. Ces limites font de la tontine un outil complémentaire, à intégrer dans une stratégie patrimoniale globale — et non un substitut aux autres dispositifs de protection. Elle s’articule naturellement avec un testament, une assurance-vie avec clause bénéficiaire, et, si applicable, un PACS ou un contrat de mariage. En pratique, la tontine répond à un profil précis. Elle est particulièrement adaptée aux couples en concubinage — notamment les couples internationaux résidant sur la Côte d’Azur — qui souhaitent acquérir ensemble leur résidence principale ou une résidence secondaire sans pour autant formaliser leur relation par un PACS ou un mariage. Elle convient également aux partenaires âgés de façon similaire, avec des apports comparables et une volonté claire de protéger le survivant en priorité sur les héritiers. Elle est en revanche moins adaptée lorsque l’écart d’âge est important, lorsque l’un des partenaires a des enfants d’une précédente union dont les droits doivent être préservés, ou lorsque la liquidité du bien est un impératif à court terme (revente probable dans les cinq à dix ans). Pour les époux mariés, la tontine est généralement inutile : le régime légal de communauté protège déjà le conjoint survivant, et l’exonération de droits de succession entre époux (loi TEPA de 2007) rend le bénéfice fiscal de la tontine négligeable. L’outil est pensé pour ceux que le droit successoral ordinaire laisse sans protection. * L’assurance-vie couvre le capital souscrit, pas la valeur de l’immobilier lui-même. La combinaison des outils est souvent la plus robuste. Ce document est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation personnalisée ou une offre d’achat ou de vente de produits financiers. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les informations contenues dans cet article reflètent l’analyse de Riviera Wealth Management à la date de publication et sont susceptibles d’évoluer. Riviera Wealth Management est un cabinet de conseil en investissements financiers (CIF), enregistré à l’ORIAS et membre de la CNCGP.
La clause de tontine immobilière : protéger son partenaire sans droits de succession
Le mécanisme juridique : une fiction rétrospective
« La tontine n’est pas un outil de succession : c’est un outil d’acquisition. Son efficacité repose sur le fait qu’elle est insérée dès l’origine, avant toute incertitude sur le sort du bien. »
Principe fondateur de la clause d’accroissement en droit civil français
La fiscalité au décès : la clé de l’avantage patrimonial
Les conditions de validité : l’aléa, pierre angulaire du dispositif
L’aléa réel sur la survie
La proportionnalité des apports
La rédaction notariale soignée
Limites et contraintes à anticiper
Irrévocabilité
Exclusion des enfants
Liquidité contrainte
Pour qui la tontine est-elle réellement pertinente ?
Situation
Tontine
PACS + testament
Assurance-vie
SCI + testament
Concubinage simple
Très efficace
Efficace
Partiel *
Complexe
PACS existant
Complémentaire
Optimal
Très efficace
Utile
Époux mariés
Inutile
Déjà couvert
Très efficace
Transmission 2e génération
Enfants d’unions antérieures
Risqué
À calibrer
Séparable
Adapté
Écart d’âge > 20 ans
Invalide
Possible
Recommandé
Possible
En bref
01
02
Coût fiscal au décès selon le mécanisme — Concubins, bien de 1 000 000 €
Part transmise au survivant : 500 000 € (50 % du bien). Estimation droits à acquitter.
Favorable
Intermédiaire
Défavorable
03
04
Risque : séparation conflictuelle
À arbitrer avec le notaire
Anticipez la sortie
05
Ce qu’il faut retenir
