En bref
  • JPMorgan ouvre la saison des résultats le 11 juillet : le consensus anticipe +6 % de BPA pour le S&P 500 contre +14 % pour l’Euro Stoxx 50, illustrant la bifurcation fondamentale entre les deux marchés
  • Banques européennes à surpondérer : NIM en hausse avec la BCE à 3,5 %, bilans solides, valorisations attractives à 0,9x le livre comptable
  • Défense et aérospatiale européenne : carnets de commandes historiques portés par le réarmement (+23 % budgets depuis 2024)
  • Tech US sous pression : multiples élevés, test de la rentabilisation de l’IA, EUR/USD à 1,14 qui pénalise mécaniquement les BPA des multinationales américaines
  • Consommation discrétionnaire US à sous-pondérer : épargne épuisée, crédit tendu à 22,5 %, ventes au détail en recul

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Un contexte macro inédit pour la saison des résultats

Les entreprises américaines et européennes entament la saison des résultats du deuxième trimestre 2026 dans un contexte macro-économique sans précédent depuis la grande normalisation post-COVID : taux directeurs maintenus à des niveaux restrictifs des deux côtés de l’Atlantique, dollar affaibli face à l’euro, et intelligence artificielle qui teste ses promesses contre la réalité des marges. JPMorgan ouvre le bal le 11 juillet, Alphabet et Microsoft suivront dans la troisième semaine. Les attentes du consensus Bloomberg tablent sur une croissance des bénéfices par action de +6 % pour le S&P 500 et de +14 % pour l’Euro Stoxx 50 — un écart qui illustre la divergence fondamentale entre les deux marchés depuis le début de l’année.

Le contexte est particulièrement exigeant pour les entreprises américaines. La Réserve fédérale de Kevin Warsh, qui a maintenu ses taux à 4,75-5,00 % lors du FOMC de juin tout en adoptant un discours résolument hawkish, a rappelé que la priorité absolue demeurait la lutte contre une inflation encore à 3,1 % en mai. Cette posture restrictive pèse sur le coût du capital des entreprises à fort levier, renchérit les charges financières des acteurs les plus endettés, et maintient une pression constante sur les multiples de valorisation des valeurs de croissance. Le marché ne peut plus se permettre d’espérer un pivot imminent — il doit composer avec des taux élevés pour encore plusieurs trimestres.

À l’inverse, la hausse de la BCE à 3,5 % en juin, bien qu’elle ait surpris une partie du marché, produit un effet paradoxalement favorable sur les bilans bancaires de la zone euro — un avantage structurel qui devrait se lire clairement dans les résultats du T2. L’autre facteur déterminant est le taux de change. L’EUR/USD à 1,14, son plus haut depuis 2021, pénalise mécaniquement les multinationales américaines qui réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires en Europe et en Asie — un effet de translation qui pourrait amputer les BPA S&P 500 de 3 à 4 points de pourcentage selon les estimations de Goldman Sachs.

« Les entreprises ne sont pas jugées sur leurs résultats absolus, mais sur leur capacité à battre des attentes déjà élevées. En 2026, c’est l’Europe qui a la barre la plus basse à franchir — et les fondamentaux pour la surmonter. »

Julien Lafon, stratégiste senior, Amundi Asset Management (adapté)

02

Les secteurs gagnants : banques, défense et énergie européennes

Banques européennes : le grand rattrapage des NIM

La thèse d’investissement sur les banques de la zone euro s’articule autour de trois piliers convergents. Premièrement, la hausse de la BCE à 3,5 % élargit les marges nettes d’intérêt à des niveaux inédits depuis 2008 : BNP Paribas devrait afficher une NIM de 1,42 %, en hausse de 18 points de base sur un an, Santander 2,3 %, BBVA 3,1 %. Deuxièmement, la qualité des bilans est robuste — les ratios CET1 s’établissent en moyenne à 14,2 % selon l’EBA, largement au-dessus des minima réglementaires, ce qui permet aux établissements de généreusement redistribuer du capital via dividendes et rachats d’actions. Troisièmement, les valorisations demeurent attractives : le secteur bancaire européen traite à 0,9x le livre comptable, contre 1,8x pour les banques américaines.

Le consensus de marché anticipe une croissance du bénéfice net des grandes banques européennes de +19 % sur le T2 2026 comparé au T2 2025, tirée conjointement par les activités de crédit, les revenus de trading obligataire dans un contexte de forte volatilité des taux, et la réduction progressive du coût du risque. Deutsche Bank, UniCredit, ING et Société Générale font partie des valeurs pour lesquelles les analystes ont relevé leurs estimations ces dernières semaines.

Défense et aérospatiale : le réarmement ne s’arrête pas

Les budgets de défense européens ont progressé de +23 % en moyenne depuis 2024, portés par les engagements pris au sein de l’OTAN et la prise de conscience collective face aux tensions géopolitiques persistantes. Rheinmetall, Leonardo, Safran, Thales et BAE Systems bénéficient d’un carnet de commandes pluriannuel historique. Rheinmetall a déjà signalé un chiffre d’affaires en hausse de +45 % au T2, porté par les livraisons de systèmes blindés et de munitions 155 mm en cadence industrielle. Le secteur traite à 22x les bénéfices 2027, une prime justifiée par la visibilité et la récurrence des contrats gouvernementaux sur des horizons de 5 à 15 ans.

Énergie : free cash flow solide malgré la modération du Brent

Le Brent entre 88 et 92 dollars le baril maintient les marges des grandes compagnies pétrolières à des niveaux confortables, sans atteindre les sommets qui alimenteraient un regain inflationniste généralisé. TotalEnergies, Shell et BP devraient afficher des free cash flows cumulés de l’ordre de 28 milliards de dollars au T2, permettant de financer conjointement rachats d’actions, dividendes en hausse et capex de transition vers le gaz naturel liquéfié. La diversification vers le GNL positionne ces groupes favorablement sur la durée dans un contexte énergétique européen encore sous tension.

Performance sectorielle YTD 2026 — au 2 juillet
Variation depuis le 1er janvier 2026, en pourcentage (indices sectoriels STOXX / S&P)
Défense EU (STOXX A&D)

+42 %

Banques EU (STOXX Banks)

+31 %

Euro Stoxx 50

+18 %

Énergie EU (STOXX Energy)

+16 %

S&P 500

+12 %

Nasdaq 100

+8 %

Conso discrétion. US

-4 %

REITs US

-11 %

Surperformance significative
Performance modérée
Sous-performance

03

Secteurs sous pression : tech US et consommation discrétionnaire

Tech US : le test de la rentabilisation de l’IA

Le Nasdaq 100, qui avait affiché une performance spectaculaire de +38 % en 2025, peine à retrouver son élan en 2026 avec un gain limité à +8 % en ce début juillet. La raison est simple : le marché exige désormais que les investissements massifs dans l’intelligence artificielle se traduisent en revenus concrets et en amélioration des marges, et non plus seulement en promesses de disruption. Les dépenses d’infrastructure IA des quatre grands hyperscalers — Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta — ont dépassé 250 milliards de dollars en 2025. Pour le T2 2026, les attentes du consensus sont exigeantes : une croissance de +18 % des revenus cloud pour AWS et Azure, accompagnée d’une amélioration des marges d’exploitation de 150 à 200 points de base. Tout dérapage, même marginal, sera sévèrement sanctionné par le marché.

Nvidia reste le baromètre et le point de vulnérabilité du secteur. Après un gain de +56 % depuis le 1er janvier, la valeur traite à 35x les bénéfices 2027. Les data centers représentent désormais 87 % du chiffre d’affaires du groupe. La moindre déception sur les marges brutes — attendues à 75,5 % — ou sur les guidances T3 pourrait déclencher une correction de 15 à 20 % sur le titre, entraînant dans son sillage l’ensemble de la chaîne de valeur semi-conducteurs. Les résultats de Nvidia, attendus fin août, constitueront le véritable test de la saison pour les investisseurs en tech.

Consommation discrétionnaire US : l’essoufflement du consommateur

L’excès d’épargne accumulé par les ménages américains après la pandémie est désormais entièrement résorbé. Les taux d’intérêt sur les cartes de crédit atteignent 22,5 %, les ventes au détail ont déçu en mai avec un recul de -0,2 %, et la confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board recule depuis mars. Amazon (activité retail), Tesla et les chaînes de restauration rapide devraient afficher des résultats en dessous des attentes du consensus. Les foncières cotées américaines (REITs) souffrent doublement : de la faiblesse de la fréquentation commerciale et des taux longs maintenus au-dessus de 4,5 %, qui dégradent mécaniquement la valeur actualisée de leurs actifs. Ce segment est à sous-pondérer tant que la Fed n’entame pas son cycle d’assouplissement.

04

Implications pour l’allocation : trois ajustements tactiques

Face à cette configuration sectorielle bifurquée, trois mouvements s’imposent pour les portefeuilles équilibrés en phase avec le cycle actuel, à intégrer progressivement et en cohérence avec le profil de risque de chaque investisseur.

Banques européennes — Surpondérer

Renforcer via des ETF sectoriels (iShares STOXX Banks, Lyxor EuroStoxx Banks) pour limiter le risque idiosyncratique. Le potentiel de revalorisation vers le livre comptable reste de 15 à 20 % sur douze mois. Les dividendes et rachats d’actions offrent un rendement total attractif.

Conviction : forte

Tech US — Neutre avec prudence

Maintenir l’exposition mais réduire la concentration sur les méga-caps growth les plus chères. Rééquilibrer vers la tech européenne (ASML, SAP, Capgemini) qui offre une exposition à la digitalisation avec des valorisations deux fois moins tendues que leurs homologues américaines.

Conviction : modérée

Conso US & REITs — Sous-pondérer

Alléger la consommation discrétionnaire américaine et les foncières cotées US tant que la Fed maintient ses taux restrictifs. Aucune baisse des taux directeurs n’est attendue avant la fin 2026 selon les déclarations de Warsh. Le rendement locatif réel des REITs reste négatif.

Conviction : forte

Ce qu’il faut retenir
  • La saison des résultats T2 2026 s’annonce bifurquée : Europe en forme avec des attentes raisonnables, États-Unis sous pression de multiples élevés et d’un dollar fort
  • Banques européennes et défense sont les secteurs à surpondérer — NIM en hausse, bilans solides, valorisations attractives à 0,9x le livre comptable
  • La tech US fait face au test décisif de la rentabilisation de l’IA ; les attentes très hautes rendent toute déception coûteuse, Nvidia étant le point de vulnérabilité principal
  • La consommation discrétionnaire américaine est à alléger dans un contexte de consommateur contraint par l’épuisement de l’épargne et les taux élevés sur le crédit à la consommation
  • L’EUR/USD à 1,14 pénalise mécaniquement les bénéfices des multinationales américaines de 3 à 4 % : un élément à intégrer impérativement dans la lecture des guidances T3

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