En bref
  • Le NFP de juin est publié jeudi 2 juillet — consensus à +113 000 emplois, en net recul par rapport aux +172 000 de mai
  • La Fed reste en pause hawkish : Kevin Warsh n’envisage aucune baisse en 2026 ; les futures donnent 70 % de probabilité à une hausse en 2027
  • Trois scénarios : NFP faible (< 130 000) — espoir de détente ; NFP fort (> 180 000) — pression sur les taux et les actions growth
  • Scénario central (45 %) : statu quo monétaire, portage favorable sur les obligations IG 2-5 ans
  • Notre positionnement T3 : IG courte durée, or en couverture, sous-pondération HY US et actions growth à valorisation tendue

01

La Fed en pause hawkish : le contexte monétaire à l’entrée du T3

Depuis le début de l’année, la Réserve fédérale américaine navigue entre résilience économique et inflation persistante. Le PCE sous-jacent de mai s’est établi à 2,6 % en glissement annuel — légèrement au-dessus des attentes, et pour la troisième fois consécutive hors de la cible des 2 %. Kevin Warsh, qui a pris les rênes de la Fed en début d’année, maintient un cap résolument hawkish : aucune baisse de taux n’est envisagée pour 2026, et les marchés futures anticipent désormais une probabilité de 70 % d’une hausse en 2027.

La conviction de Warsh : l’intelligence artificielle constitue une force « structurellement désinflationniste », mais ses effets sur les prix ne se matérialiseront qu’à moyen terme. À court terme, c’est le marché du travail qui prime. Dans ce contexte, le rapport sur l’emploi de juin — publié ce jeudi 2 juillet par le Bureau of Labor Statistics à 14h30 heure de Paris — est le dernier grand indicateur macroéconomique avant la réunion du FOMC de fin juillet. Son contenu va littéralement orienter le débat monétaire pour l’ensemble du troisième trimestre.

Les marchés sont dans un état d’attente singulier. Le rendement du Treasuries à 10 ans oscille autour de 4,40 % — en légère détente par rapport aux sommets de mai — après que les prix du pétrole ont reflué avec la désescalade au Moyen-Orient. Le S&P 500 consolide après un premier semestre solide (+7,2 % YTD). Les spreads de crédit restent comprimés à 380 pb sur le HY américain, malgré les avertissements répétés sur la fragilité des valorisations.

« L’emploi reste la boussole de la Fed. Quand tout le reste est ambigu — l’IA, les tarifs, le pétrole — c’est le NFP qui tranche. »

Économiste senior, J.P. Morgan Private Bank (juin 2026)

02

Mai 2026 : la surprise haussière qui a tout compliqué

Le rapport de mai avait mis les marchés sous pression. Le Bureau of Labor Statistics avait annoncé +172 000 emplois nets — deux fois supérieur au consensus initial de 85 000. Les secteurs de la restauration-hôtellerie (+70 000, portés par la Coupe du Monde), des collectivités locales (+55 000) et de la santé (+35 000) avaient porté la surprise à la hausse. Seul le secteur financier avait décroché (-22 000), victime de la vague de restructurations liée à l’automatisation par l’IA.

Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %, et les salaires horaires progressaient de +3,5 % en glissement annuel — un rythme qui, selon les propres modèles de la Fed, est compatible avec une inflation dans la fourchette 2,5 %-3 %, loin de la convergence souhaitée vers 2 %. Les révisions en hausse de mars (+214 000, +29 000 par rapport à la publication initiale) et d’avril (+179 000, +64 000) avaient renforcé l’image d’un marché du travail encore très vigoureux.

Pour juin, le consensus des économistes est nettement plus modeste : entre +87 000 (Bank of America, qui anticipe un effet de correction après la vague de mai) et +160 000 (estimation haute), avec une médiane autour de +113 000 emplois. Le taux de chômage devrait rester à 4,3 %, et les salaires à +3,5 %. Certains économistes — dont le senior economist de Vanguard — envisagent même un scénario à +50 000 en invoquant une normalisation saisonnière post-Coupe du Monde.

Créations d’emplois mensuelles aux États-Unis — 2026
Milliers d’emplois nets non-agricoles (NFP) — BLS / Consensus Bloomberg
Janvier 2026

+60k

Février 2026

+64k

Mars 2026

+214k

Avril 2026

+179k

Mai 2026

+172k

Juin 2026 (cons.)

+113k

Solide (> 150k)
Faible (< 100k)
Consensus (prévision)

03

Trois scénarios pour le rapport de juin : du refroidissement à la surchauffe

La construction de notre positionnement pour le T3 repose sur une pondération probabiliste de trois configurations possibles pour le NFP de juin. Chacune implique une réaction de marché distincte, notamment sur les taux, le dollar et les segments actions.

Scénario NFP juin Probabilité Taux 10Y US Impact portefeuille
Favorable — refroidissement < 130 000 25 % sous 4,20 % Obligations +, actions growth +, or stable
Central — normalisation 130 000 – 180 000 45 % 4,35 % – 4,45 % Portage IG, range-trading, or stable
Défavorable — surchauffe > 180 000 30 % au-dessus de 4,50 % Obligations -, actions growth -2/-3 %, or résiste

Scénario favorable — NFP < 130 000 (probabilité 25 %)

Un chiffre en dessous des attentes rouvrirait le débat sur une baisse de taux fin 2026. Le rendement du Treasuries 10 ans pourrait repasser sous 4,20 %, offrant une détente bienvenue pour les émetteurs obligataires. Les obligations IG et HY bénéficieraient d’un afflux d’acheteurs. Les actions growth — très sensibles aux taux réels — rebondiraient de 2 % à 3 %. L’or progresserait légèrement vers 3 400 $/oz. Le dollar perdrait 0,5 % à 1 % face à l’euro. Pour les portefeuilles équilibrés, ce scénario est le plus confortable : obligations et actions montent de concert.

Scénario central — NFP entre 130 000 et 180 000 (probabilité 45 %)

Le marché digère sans heurt, la Fed est confortée dans sa pause. Taux 10Y stable autour de 4,35 %-4,45 %, marchés calmes, range-trading jusqu’à la réunion du FOMC de fin juillet. Ce scénario est le moins spectaculaire, mais le plus probable. Il favorise le portage court terme sur les obligations IG 2-5 ans et les actions value à dividende en Europe, moins sensibles aux variations de taux. Le monétaire continue d’offrir un rendement attractif au-dessus de 3 % dans la zone euro.

Scénario défavorable — NFP > 180 000 (probabilité 30 %)

Une nouvelle surprise haussière serait mal digérée par des marchés qui ont déjà absorbé plusieurs révisions en hausse. Le taux 10Y repasserait au-dessus de 4,50 %, et le marché actions corrigerait de 2 % à 3 % — les valeurs tech et growth en première ligne. Le dollar s’apprécierait, l’or résisterait autour de 3 200 $/oz grâce à son rôle de couverture géopolitique. Ce scénario renforcerait la thèse d’une hausse de taux en 2027 et pousserait la Fed à adopter un langage encore plus restrictif lors de sa réunion de fin juillet.

04

Notre positionnement pour le T3 : portage, qualité, couverture

Face à cette incertitude, notre positionnement reste défensif-neutre, centré sur le portage et la qualité des émetteurs. Ces quatre orientations s’imposent quelle que soit l’issue du NFP de juin, car elles résistent dans deux scénarios sur trois.

Obligations IG 2-5 ans

Rendement 3,8 %-4,2 % sur l’IG EUR — portage attractif avec un risque de duration limité si les taux remontent dans le scénario défavorable. Refuge dans deux scénarios sur trois.

Poids cible : 20-25 %

Or physique / ETF

Maintenu à 6-7 % du portefeuille. Résistant dans tous les scénarios, l’or sert de couverture contre l’inflation persistante et les chocs géopolitiques au Moyen-Orient et en Asie.

Poids cible : 6-7 %

HY US : prudence maximale

Spreads à 380 pb trop étroits pour le risque actuel. Un NFP fort renforcerait la pression sur les émetteurs les plus fragilisés avant le mur de refinancement 2026-2027 (800 Mds $).

Sous-pondérer : réduire à 3-4 %

Sur les actions, nous privilégions les secteurs défensifs — santé, services collectifs, produits de première nécessité — et les actions à dividende solide en Europe, moins sensibles aux variations de taux réels que les valeurs tech américaines. La rotation sectorielle vers l’Europe value, initiée en T2, reste pertinente : les valorisations sont raisonnables et la BCE, malgré ses récentes hausses, est plus proche de sa pause que la Fed.

Enfin, le monétaire mérite d’être conservé à 7-8 % du portefeuille. Dans un environnement où la courbe est plate voire inversée sur les maturités courtes, le cash rémunéré offre une option de réactivité appréciable : en cas de correction, vous disposez d’une réserve de déploiement immédiate.

Ce qu’il faut retenir
  • Le NFP de juin est publié jeudi 2 juillet à 14h30 — consensus à +113 000, en recul marqué par rapport aux +172 000 de mai
  • La Fed reste hawkish sous Kevin Warsh : pas de baisse envisagée en 2026, probabilité de hausse en 2027 à 70 % selon les futures
  • Scénario central (45 %) : statu quo monétaire, portage favorable sur les obligations IG 2-5 ans et les actions value à dividende
  • Scénario de risque (30 %) : NFP > 180 000 — taux 10Y au-dessus de 4,50 %, correction des actions growth de 2 %-3 %
  • Notre conseil : obligations IG courtes durées (20-25 %), or en couverture (6-7 %), sous-pondération HY US et cash de réactivité (7-8 %)

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