En bref
  • La LFI 2026 a créé une taxe de 20 % par an sur la valeur vénale des actifs non professionnels détenus par les sociétés patrimoniales dont le patrimoine dépasse 5 millions d’euros
  • Elle s’applique aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026 — potentiellement dès le premier bilan annuel de votre holding ou de votre SCI
  • Quatre stratégies permettent de sortir du champ de la taxe avant la deadline : distribution, scission, requalification des actifs, cession
  • Le calendrier est serré : les décisions juridiques doivent être prises avant novembre 2026 pour être opposables dès le premier exercice concerné
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La taxe holding art. 235 ter C : une menace silencieuse pour les patrimoines organisés

La loi de finances pour 2026 a introduit une mesure qui n’a pas fait les gros titres mais qui va profondément impacter des milliers de sociétés patrimoniales : la taxe sur les actifs non professionnels, codifiée à l’article 235 ter C du Code général des impôts. Son mécanisme est simple et son effet, dévastateur si vous ne l’anticipez pas.

Concrètement, toute société — holding, SAS, SARL, SA, SCI — qui détient plus de 5 millions d’euros d’actifs considérés comme « non professionnels » ou « somptuaires » est assujettie à une taxe annuelle de 20 % sur la valeur vénale de ces actifs, calculée au premier jour de l’exercice fiscal. La taxe est due sur chaque exercice clos à compter du 31 décembre 2026.

Sont visés les biens qui ne servent pas directement à l’exploitation professionnelle : l’immobilier de rapport détenu au bilan d’une holding, les liquidités et valeurs mobilières de placement, les biens dits somptuaires (yachts, aéronefs, œuvres d’art, bijoux, chevaux de course) ainsi que les participations dans des structures elles-mêmes détentrices de tels actifs. En revanche, les actifs professionnels — machines, stocks, brevets, locaux d’exploitation — restent hors du champ.

L’objectif du législateur est clairement d’atteindre les montages qui permettaient, jusqu’ici, de loger des actifs privés dans une structure IS pour bénéficier de la fiscalité avantageuse des sociétés tout en différant indéfiniment l’imposition personnelle. Le message est sans ambiguïté : ces optimisations ont un coût désormais chiffrable et récurrent.

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Êtes-vous concerné ? Les critères d’assujettissement

Quatre conditions cumulatives déclenchent l’application de la taxe. Il suffit qu’elles soient toutes réunies au premier jour de l’exercice fiscal pour que la société soit redevable.

Condition 1 — La forme sociale. La taxe s’applique à toutes les sociétés soumises à l’IS : SAS, SARL, SA, SCI à l’IS, holding pure ou animatrice. Les sociétés civiles à l’IR (SCI, SCP) ne sont pas directement concernées, mais peuvent l’être indirectement via leurs associés si elles sont transparentes au sein d’un groupe IS.

Condition 2 — Le seuil de patrimoine non professionnel. Le total des actifs non professionnels inscrits au bilan doit dépasser 5 millions d’euros. Ce seuil s’apprécie à la valeur vénale de marché, et non à la valeur comptable — une distinction qui peut être défavorable pour les actifs immobiliers acquis il y a dix ou vingt ans.

Condition 3 — La nature des actifs. L’administration fiscale a publié une liste indicative : immobilier non affecté à l’exploitation (résidences secondaires, appartements locatifs, terrains), trésorerie et valeurs mobilières de placement, véhicules de luxe non professionnels, bateaux, avions, chevaux, œuvres d’art. Les filiales opérationnelles et les participations dans des sociétés actives peuvent être exclues sous conditions.

Condition 4 — La clôture d’exercice. La taxe est calculée à la date de clôture de chaque exercice, à partir du 31 décembre 2026. Pour les sociétés à exercice calé sur l’année civile, la première application est donc au 31 décembre 2026. Pour celles dont l’exercice se clôture en cours d’année (31 mars, 30 juin, 30 septembre), la première application peut intervenir plus tôt en 2027 selon la configuration.

« La fiscalité est l’art de plumer l’oie en obtenant le plus de plumes avec le moins de cris possible. Il faut désormais inverser la logique : agir avant que la loi ne vous plume. »
Adage attribué à Jean-Baptiste Colbert, réactualisé à l’ère des holdings patrimoniales
Impact annuel de la taxe selon le patrimoine non professionnel
Taxe art. 235 ter C CGI — taux de 20 % sur la valeur vénale, applicable dès le 31/12/2026
Patrimoine 5 M€
1 M€/an
Patrimoine 10 M€
2 M€/an
Patrimoine 20 M€
4 M€/an
Patrimoine 50 M€
10 M€/an
Taxe annuelle due (taux 20 % — art. 235 ter C CGI)
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Quatre stratégies pour sortir du champ de la taxe avant le 31 décembre

La bonne nouvelle est que la taxe n’est pas inévitable. Plusieurs voies de restructuration permettent de réduire, voire d’éliminer, l’exposition avant la première clôture concernée. Chacune présente des contraintes et des délais de mise en œuvre qu’il convient d’évaluer rapidement.

Stratégie Mécanique Délai Complexité
Distribution de dividendes Sortir les liquidités excédentaires de la holding vers les associés avant le 31/12 Rapide (AGO) Faible
Scission de société Créer une entité séparée pour les actifs non professionnels, hors IS si possible 4 à 6 mois Élevée
Requalification des actifs Démontrer le caractère professionnel des biens (contrats de mise à disposition, usage réel) Variable Moyenne
Cession des actifs somptuaires Vendre les biens non professionnels avant la clôture de l’exercice Selon marché Faible à moyenne

La distribution de dividendes : levier le plus accessible

Si la masse d’actifs non professionnels est constituée en grande partie de trésorerie et de valeurs mobilières, la distribution de dividendes avant la clôture de l’exercice constitue le levier le plus rapide. Une assemblée générale ordinaire suffit, sous réserve de réserves distribuables suffisantes. La fiscalité personnelle de la distribution reste supportable : avec la flat tax à 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la hausse de la CSG votée dans la LFSS 2026), elle reste nettement inférieure à la taxe holding de 20 % annuelle sur la valeur totale des actifs.

La scission : pour les patrimoines complexes

Lorsque les actifs non professionnels sont inextricablement mêlés à des actifs professionnels — parts de filiales opérationnelles, locaux d’exploitation — la scission partielle de la société s’impose. Cette opération consiste à apporter les actifs non professionnels à une nouvelle entité, idéalement une SCI à l’IR ou une société civile patrimoniale transparente, qui sort du champ IS et donc de la taxe. Elle nécessite un traité d’apport, une évaluation indépendante et, dans certains cas, un agrément fiscal (art. 210 C CGI). Le délai minimum est de quatre à six mois : agissez dès maintenant.

La requalification des actifs : sous conditions strictes

Certains actifs peuvent être requalifiés en biens professionnels si leur usage effectif dans l’exploitation peut être documenté et démontré. Un appartement utilisé comme logement de fonction signé par contrat de mise à disposition, un yacht répertorié au registre de commerce comme outil de prospection clientèle, des œuvres d’art exposées dans les locaux d’accueil des clients. L’administration fiscale exercera un contrôle renforcé sur ces qualifications : la documentation doit être irréprochable et l’usage réel, pas seulement formel.

La cession des actifs somptuaires : décision nette

Pour les biens dont la détention ne se justifie pas par des motifs patrimoniaux solides — ou dont la plus-value est faible — la cession avant le 31 décembre 2026 est la voie la plus nette. Elle génère certes une taxation immédiate (flat tax sur la plus-value à 31,4 %), mais évite une taxe récurrente de 20 % par an. Le calcul de rentabilité comparée est rapide à effectuer et milite souvent en faveur de la cession pour les actifs à plus-value modérée.

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Le calendrier d’action : sept mois pour sécuriser votre situation

Le temps presse. Entre la réalisation d’un audit patrimonial complet, la décision stratégique, la mise en œuvre juridique et l’opposabilité fiscale des opérations réalisées, les délais s’accumulent. Voici le planning idéal pour une société dont l’exercice se clôture au 31 décembre 2026.

Juin — Juillet 2026

Audit patrimonial complet : inventaire exhaustif des actifs au bilan, évaluation à valeur vénale, identification des actifs potentiellement somptuaires, quantification de l’exposition fiscale.

Phase diagnostique

Août — Septembre 2026

Décision stratégique concertée avec votre conseil en gestion de patrimoine, votre avocat fiscaliste et votre expert-comptable. Sélection de la ou des stratégies adaptées à votre situation.

Phase décisionnelle

Octobre — Novembre 2026

Formalisation juridique : rédaction des actes (AGO/AGE, traité d’apport, contrats de cession), dépôt des formalités légales, obtention des éventuels agréments fiscaux. Clôture opérationnelle avant le 31 décembre.

Phase exécution
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Les pièges à éviter : ce que la loi ne pardonne pas

La mise en œuvre précipitée ou mal documentée de ces stratégies expose à des risques qui peuvent s’avérer plus coûteux que la taxe elle-même. Deux pièges concentrent la majorité des redressements fiscaux en matière de restructuration patrimoniale.

L’abus de droit (art. L64 du LPF). Une opération motivée exclusivement par la recherche d’un avantage fiscal, sans aucune substance économique, est susceptible d’être requalifiée par l’administration. La nouvelle taxe holding rend ce risque particulièrement prégnant : si votre scission ou votre distribution n’est documentée que par des économies fiscales, sans justification économique ou patrimoniale propre, vous êtes vulnérable. La substance — réunions effectives, conventions de groupe réelles, usage avéré des actifs — est la première ligne de défense.

L’évaluation des actifs. La taxe est assise sur la valeur vénale de marché, et non sur la valeur comptable. Sous-évaluer des actifs immobiliers ou des participations pour réduire la base taxable constitue une infraction distincte, passible de pénalités de 40 % à 80 % en cas de manquement délibéré. Une évaluation par un expert indépendant et documentée est impérative.

Par ailleurs, rappelons que la LFI 2026 a simultanément durci le régime du Pacte Dutreil (engagement individuel porté à six ans, soit huit ans au total) et celui de l’apport-cession (remploi minimum de 70 %, délai de conservation allongé à cinq ans). Ces dispositifs, souvent utilisés comme alternatives à la holding patrimoniale classique, offrent toujours des opportunités mais dans un cadre plus contraignant qu’avant.

Ce qu’il faut retenir
  • L’art. 235 ter C CGI crée une taxe annuelle de 20 % sur les actifs non professionnels des sociétés patrimoniales dépassant 5 M€ — applicable dès le 31 décembre 2026
  • Quatre leviers permettent de réduire ou d’éliminer l’exposition : distribution de dividendes, scission de société, requalification des actifs, cession des biens somptuaires
  • Le calendrier est non négociable : l’audit doit être lancé en juin-juillet, les actes finalisés avant novembre pour être opposables à la première clôture
  • L’abus de droit et la sous-évaluation des actifs constituent les deux pièges principaux — toute restructuration doit être documentée et substantiée économiquement
  • La LFI 2026 a également durci le Pacte Dutreil et l’apport-cession : une revue globale de la stratégie patrimoniale s’impose, au-delà de la seule taxe holding

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