Accord de Genève : ce que la trêve US-Chine change pour vos marchés
S&P 500 +3,1 %, Nasdaq +4,1 %, or en correction — décryptage des implications pour votre allocation
- L’accord de Genève réduit les tarifs américains sur la Chine de 145 % à 30 % et les tarifs chinois sur les États-Unis de 125 % à 10 %, pour une durée de 90 jours.
- Le S&P 500 a bondi de +3,1 % et le Nasdaq de +4,1 % le 12 mai — le rebond le plus fort depuis octobre 2024 ; Apple, Nvidia et Tesla ont progressé de plus de 6 %.
- L’or a reculé de -1,2 % à 4 678 $/once : la détente du risque géopolitique réduit la demande de valeurs refuge à court terme.
- Le CPI américain d’avril ressort à +3,8 % sur un an — une inflation persistante qui contraint la Fed à maintenir ses taux à 3,50-3,75 % au moins jusqu’en 2027.
- Notre positionnement reste défensif (curseur 4,5/10) : la trêve est tactique, les déséquilibres structurels demeurent entiers.
L’accord de Genève : anatomie de la trêve commerciale
Le 12 mai 2026, à l’issue de deux jours de négociations intenses à Genève, les délégations américaine et chinoise ont annoncé une suspension mutuelle des droits de douane réciproques pour une période de 90 jours. Les tarifs américains sur les importations chinoises passent de 145 % à 30 % — soit les 20 % liés à la problématique du fentanyl auxquels s’ajoute le tarif universel de 10 %. En miroir, la Chine abaisse ses propres droits sur les produits américains de 125 % à 10 %. Pékin a également accepté de suspendre ses mesures de rétorsion non tarifaires : liste noire d’entreprises américaines, restrictions sur les exportations de terres rares et enquête visant DuPont.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a résumé l’esprit de l’accord d’une formule qui a immédiatement circulé sur les desks des salles de marchés :
« Neither side wants a decoupling. What we had was the equivalent of an embargo, and neither side wants that. »Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain — Genève, 12 mai 2026
L’accord constitue un soulagement tactique significatif. Il ne résout pas les tensions de fond — les tarifs sectoriels sur les véhicules électriques, l’acier et les semi-conducteurs demeurent en vigueur — mais il desserre l’étau qui menaçait de précipiter l’économie mondiale dans une récession commerciale. Pour les investisseurs, le signal immédiat est clair : le risque d’escalade vers un découplage complet s’est matériellement réduit.
| Flux commercial | Avant accord | Après accord | Durée |
|---|---|---|---|
| Tarifs US sur produits chinois | 145 % | 30 % | 90 jours |
| Tarifs chinois sur produits américains | 125 % | 10 % | 90 jours |
| Restrictions non tarifaires (terres rares, liste noire) | Actives | Suspendues | 90 jours |
| Tarifs sectoriels (VE, acier, semi-conducteurs) | Actifs | Inchangés | — |
Réaction des marchés : le rebond violent du 12 mai
La séance du 12 mai a été dominée par la réaction aux annonces de Genève. Le S&P 500 a progressé de 3,1 %, portant l’indice à 7 401 points en clôture, un niveau légèrement inférieur au plus-haut historique de 7 412 points atteint la veille. Le Nasdaq s’est apprécié de 4,1 %, mené par les valeurs technologiques les plus exposées aux chaînes d’approvisionnement chinoises.
Apple a bondi de 6,3 % : la quasi-totalité de la production de ses iPhone est assemblée en Chine, et la réduction des tarifs allège directement ses coûts logistiques. Nvidia a progressé de 6,35 % dans l’anticipation d’une reprise des exportations de puces vers les clients asiatiques. Tesla a gagné 6,75 %, bénéficiant à la fois de la détente commerciale et de la levée partielle des restrictions non tarifaires chinoises.
À l’inverse, les valeurs refuge ont subi des prises de bénéfices. L’or a reculé de 1,22 % à 4 678 $/once, en route pour confirmer son repli depuis le pic historique de 5 589 $ touché fin janvier. Le yen japonais s’est déprécié de 1,8 % face au dollar (USD/JPY à 147,92), témoignant d’une rotation hors des actifs défensifs.
Inflation persistante : la Fed reste bloquée
La publication simultanée des chiffres d’inflation américaine a quelque peu terni l’enthousiasme des marchés. Le CPI d’avril 2026 ressort à +3,8 % en glissement annuel — un dixième au-dessus du consensus — et la composante core (hors alimentation et énergie) s’établit à +2,8 %, en hausse mensuelle de 0,4 %. Le principal moteur de cette persistance inflationniste reste l’énergie (+17,9 % sur un an, essence +28,4 %), alimentée par les tensions au Proche-Orient.
Dans ce contexte, la Réserve fédérale se trouve dans une position inconfortable. Lors de sa réunion d’avril, elle a maintenu ses taux à 3,50-3,75 % — avec quatre dissidences internes, un record depuis 1992 — sous la double pression d’une inflation récalcitrante et de signaux de ralentissement de la croissance (PIB américain attendu à +1,4 % par UBS). Les grandes banques américaines — Bank of America et JPMorgan en tête — excluent désormais toute baisse de taux en 2026, avec une inflation qui devrait rester au-dessus de 3 % jusqu’en février 2027.
La combinaison trêve commerciale / inflation chaude crée un régime de marché complexe : le risque systémique d’une guerre commerciale s’éloigne, mais le frein monétaire demeure intact. Les valorisations des actions américaines — avec un S&P 500 à des niveaux historiques — intègrent-elles suffisamment cette contrainte de taux ? C’est la question centrale pour le reste du trimestre.
Implications pour l’allocation patrimoniale
La trêve de Genève justifie un ajustement à la marge de notre grille d’allocation, sans remettre en cause notre positionnement défensif global. Voici les implications concrètes par classe d’actifs.
Actions — neutre, sélectif
La détente commerciale soutient les exportateurs européens et les technologiques US exposées à la Chine (Apple, Qualcomm). Nous passons les actions émergentes Asie de sous-pondéré à neutre. Le S&P 500 reste proche de ses plus-hauts : prudence sur le growth américain.
Or — maintenu, point d’entrée
Le repli de l’or vers 4 678 $ offre un point d’entrée pour les portefeuilles sous-pondérés. Les facteurs structurels de soutien — achats des banques centrales émergentes, déficit budgétaire américain, inflation persistante — restent intacts. Cible 90 jours : 5 000-5 200 $.
Obligations — surpondéré UST
La Fed bloquée jusqu’en 2027 maintient les rendements 2 ans au-dessus de 3,90 %. Les Treasuries 3-7Y offrent un portage attractif avec une duration maîtrisée. Nous conservons notre surpondération sur cette poche, financée par une légère réduction du monétaire.
90 jours, pas un traité de paix : les risques à surveiller
La prudence s’impose face à un accord qui reste fragile et limité dans sa portée. Trois risques méritent une surveillance particulière dans les semaines à venir.
Le premier est l’expiration de la trêve elle-même. Dans 90 jours — soit autour du 10 août 2026 — les deux parties devront soit conclure un accord structurel, soit proroger la suspension, soit laisser les tarifs rebasculer à leurs niveaux antérieurs. Les élections de mi-mandat américaines de novembre créent une pression politique intérieure qui pourrait compliquer les concessions. Un retour partiel des tarifs constituerait un choc négatif significatif pour les actifs risqués.
Le deuxième est l’inflation américaine. Si le CPI de mai (publication mi-juin) confirme la tendance haussière, la Fed pourrait être contrainte à un langage plus restrictif, voire à envisager une hausse — un scénario non intégré par les marchés et potentiellement perturbateur.
Le troisième est la géopolitique résiduelle. L’accord de Genève ne règle pas les tensions autour de Taïwan ni les ambiguïtés sur les exportations de puces avancées. Toute escalade sur ce front pourrait annuler le bénéfice commercial de l’accord en quelques heures.
- L’accord de Genève est un soulagement tactique majeur : il réduit le risque d’embargo commercial, sans résoudre les tensions structurelles sur les technologies et la défense.
- Le rebond des marchés du 12 mai est légitime ; une consolidation partielle est probable à court terme, les valorisations américaines intégrant déjà beaucoup de bonnes nouvelles.
- L’inflation US à 3,8 % et la Fed bloquée jusqu’en 2027 constituent un frein durable pour les actifs à duration longue et les valorisations tendues.
- L’or en repli vers 4 678 $ offre un point d’entrée tactique : les facteurs structurels (achats des banques centrales, déficit US) demeurent favorables au métal.
- Nous maintenons notre curseur défensif à 4,5/10 : ajustement marginal à la hausse sur les émergents Asie, conservation de la surpondération UST 3-7Y et or.
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