Apport-cession 2026 : ce que le durcissement de l’article 150-0 B ter change pour le dirigeant cédant


Apport-cession 2026 : stratégie du dirigeant cédant pour optimiser la plus-value
Fiscalité & Transmission

Apport-cession 2026 : ce que le durcissement de l’article 150-0 B ter change pour le dirigeant cédant

8 mai 20268 min de lecture

En bref — Points clés

  • La loi de finances 2026 durcit l’article 150-0 B ter : le quota de réinvestissement passe de 60 % à 70 % du produit de cession.
  • Le délai de réinvestissement est allongé de 2 à 3 ans, mais la durée minimale de conservation des actifs remployés passe de 12 mois à 5 ans.
  • Les activités immobilières de type promotion ou marchand de biens sont désormais exclues du périmètre éligible.
  • Ces nouvelles règles s’appliquent aux cessions réalisées à compter du 21 février 2026. Les engagements antérieurs conservent l’ancien régime.

Pour les dirigeants qui cèdent leur entreprise, l’apport-cession constitue depuis 2012 l’un des outils de structuration patrimoniale les plus puissants du droit fiscal français. En apportant ses titres à une holding qu’il contrôle avant la cession, le dirigeant obtient un report d’imposition sur la plus-value réalisée — évitant ainsi la taxation immédiate au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. La loi de finances pour 2026, adoptée le 2 février via l’article 49.3, n’a pas remis en cause ce mécanisme fondamental, mais en a sensiblement durci les conditions, avec une entrée en vigueur pour les cessions à compter du 21 février 2026.

À l’approche de la saison des cessions de printemps 2026, comprendre l’impact de ces nouvelles règles — et anticiper la stratégie de remploi — est devenu une priorité absolue pour tout dirigeant engagé dans un processus de transmission ou de cession de son entreprise.

Le mécanisme de l’apport-cession : rappel des fondamentaux

L’article 150-0 B ter du Code général des impôts organise le report d’imposition de la plus-value constatée lors de l’apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, lorsque cette société est contrôlée par l’apporteur. Le mécanisme fonctionne en deux temps.

Dans un premier temps, le dirigeant apporte ses titres d’exploitation à une holding patrimoniale qu’il détient. La plus-value d’apport est constatée mais son imposition est reportée — elle ne devient exigible qu’en cas d’événements déclencheurs (cession des titres reçus en échange, dissolution de la holding, ou départ à l’étranger sans justification). Dans un second temps, la holding cède les titres apportés à l’acquéreur final : c’est cette cession qui matérialise le produit de vente disponible pour être réinvesti.

L’avantage de trésorerie est considérable. Pour un dirigeant réalisant une plus-value de 3 millions d’euros, la taxation immédiate au PFU représente environ 900 000 euros d’impôt. Avec l’apport-cession, cette somme reste disponible dans la holding pour être investie, générant des rendements sur un capital plein pendant les années de report.

Ce qui change concrètement depuis le 21 février 2026

Le quota de réinvestissement relevé à 70 %

Sous l’ancien régime, lorsque la holding cédait les titres apportés dans les trois ans suivant l’apport, elle était tenue de réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles. La loi de finances 2026 porte ce seuil à 70 %.

L’impact est immédiat et mécanique. Pour une holding qui perçoit 5 millions d’euros à la cession, l’obligation de remploi passe de 3 millions à 3,5 millions d’euros. Les 30 % restants — soit 1,5 million — peuvent être librement gérés par la holding (trésorerie, placements financiers, distribution), mais le report d’imposition ne porte que sur la fraction réinvestie à 70 %.

Le délai de réinvestissement allongé à 3 ans, la conservation portée à 5 ans

La loi de finances 2026 apporte ici une double évolution aux effets contradictoires. D’un côté, le délai pour procéder au réinvestissement des 70 % est allongé de deux à trois ans à compter de la cession. Ce délai supplémentaire offre une souplesse bienvenue pour identifier et structurer des investissements de qualité — le dirigeant n’est plus contraint d’investir dans la précipitation.

De l’autre, la durée minimale de conservation des actifs acquis en remploi est drastiquement allongée : elle passe de 12 mois à 5 ans. Autrement dit, les titres de PME ou les parts de fonds souscrits en réinvestissement doivent être conservés pendant cinq ans, sous peine de remise en cause du report d’imposition. Pour une cession réalisée en 2026, les investissements de remploi devront donc être détenus jusqu’en 2031 au minimum.

Le périmètre des activités éligibles resserré

La loi de finances 2026 exclut désormais explicitement certaines activités du champ des réinvestissements éligibles. Sont visées notamment les activités de promotion immobilière et de marchand de biens — des cibles qui avaient capté une part croissante des remplois au cours des années précédentes, s’écartant ainsi de l’objectif originel de soutien à l’économie productive.

Restent éligibles : les souscriptions au capital de sociétés opérationnelles (PME, ETI), les investissements via des FCPR, FPCI ou SLP respectant les conditions légales, ainsi que certaines co-investissements directs dans des projets industriels ou technologiques. La sélection des véhicules de remploi doit faire l’objet d’un examen attentif.

Exemple chiffré : l’impact du durcissement sur un dossier concret

Prenons le cas d’un dirigeant cédant son groupe industriel pour un prix de cession de 8 millions d’euros, avec une plus-value d’apport de 6 millions d’euros.

Sous l’ancien régime (cession avant le 21 février 2026) : la holding devait réinvestir 4,8 millions d’euros (60 %) dans un délai de deux ans, avec conservation minimale de 12 mois. Sur les 4,8 M€, le dirigeant pouvait ventiler entre PME directes, FCPR et co-investissements immobiliers.

Sous le nouveau régime (cession à compter du 21 février 2026) : la holding doit réinvestir 5,6 millions d’euros (70 %) dans un délai de trois ans, avec conservation minimale de 5 ans. L’effort de remploi supplémentaire est de 800 000 euros, et les options d’investissement se réduisent à des actifs opérationnels non immobiliers à horizon long. Sur le plan pratique, cela exige de mobiliser des gérants de private equity, des conseillers en capital-investissement ou un accès privilégié à des opérations de club deal — ce que seules les structures patrimoniales professionnellement accompagnées peuvent réellement orchestrer.

Stratégies d’adaptation : comment piloter le remploi dans le nouveau cadre

Anticiper le remploi avant la signature

La contrainte la plus forte du nouveau régime n’est pas le taux de 70 % en lui-même — c’est la durée de conservation de cinq ans combinée à l’exclusion de l’immobilier. Réinvestir 70 % d’un produit de cession dans des actifs non cotés, illiquides, conservés cinq ans, exige une construction de portefeuille anticipée, pas une décision prise dans l’urgence post-closing.

La bonne pratique consiste à initier la réflexion sur le remploi six à douze mois avant la cession : identifier les fonds de private equity compatibles (FCPR, FPCI, SLP), évaluer les opportunités de co-investissement direct dans des PME industrielles ou des scale-ups technologiques, et structurer une lettre d’intention de souscription synchronisée avec le closing de la cession.

Diversifier les véhicules de remploi

Le prolongement du délai à trois ans ouvre une fenêtre de diversification progressive. Plutôt que de concentrer le remploi sur un seul véhicule au moment du closing, il est désormais possible d’adopter une approche en plusieurs tranches :

  • Première tranche (année 1) : souscription à un FCPR généraliste PME pour une fraction de 40 à 50 % du remploi obligatoire
  • Deuxième tranche (années 2-3) : co-investissements directs dans des opérations identifiées et tracées — acquisitions de participation dans des PME opérationnelles régionales, ou fonds sectoriels (deep tech, industrie, santé)

Cette approche permet d’optimiser la sélection des actifs tout en respectant scrupuleusement les délais légaux. Elle suppose un suivi documentaire rigoureux — chaque réinvestissement devant être tracé, daté et qualifié juridiquement.

Ne pas négliger les 30 % libres

La fraction non soumise à obligation de remploi — soit 30 % du produit de cession — n’est pas pour autant négligeable. Dans la holding patrimoniale, ces liquidités peuvent être investies en valeurs mobilières (fonds en actions, obligations, produits structurés), en contrats de capitalisation luxembourgeois, ou conservées en trésorerie rémunérée. La gestion de cette poche de liquidité relève d’une gestion d’actifs classique, sans contrainte de conservation, et constitue souvent le premier levier de rendement à court terme pour la holding.

Questions fréquentes sur l’apport-cession en 2026

Mon engagement de remploi signé avant le 21 février 2026 est-il impacté ?

Non. Les nouvelles règles s’appliquent aux cessions de titres apportés réalisées à compter du 21 février 2026. Si la cession a eu lieu avant cette date, l’ancien régime (60 %, délai 2 ans, conservation 12 mois) continue de s’appliquer à votre dossier. L’administration fiscale n’a pas prévu d’effet rétroactif.

Puis-je réinvestir dans ma propre nouvelle société opérationnelle ?

Oui, sous conditions. Le réinvestissement dans une société opérationnelle nouvelle est éligible à condition que cette société exerce une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole, et qu’elle ne soit pas à prépondérance immobilière. La holding doit toutefois s’assurer que la souscription est réalisée au capital — et non en compte courant — et que la conservation de cinq ans est respectée.

Le délai de trois ans court-il à compter de l’apport ou de la cession ?

Le délai court à compter de la cession des titres apportés par la holding (et non de la date d’apport). C’est bien le produit de la cession par la holding qui doit être réinvesti à 70 % dans les trois ans suivant cette cession.

Que se passe-t-il si la holding ne respecte pas le quota de 70 % dans les délais ?

La mise en cause du report d’imposition entraîne l’imposition immédiate de la plus-value en report, majorée des intérêts de retard (0,20 % par mois). En cas de manquement délibéré, une majoration de 40 % peut s’y ajouter. L’enjeu fiscal est donc considérable, ce qui justifie un suivi contractualisé du plan de remploi.

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Pour aller plus loin
Retrouvez notre analyse du Pacte Dutreil post-LF 2026 et notre guide complet sur la gestion de patrimoine sur la Côte d’Azur.

Benjamin Cohen — Président de Riviera Wealth Management, Conseiller en Investissements Financiers (CIF) enregistré auprès de l’ORIAS. Spécialiste en gestion de patrimoine sur la Côte d’Azur et Monaco.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Toute décision fiscale doit être validée par votre conseiller juridique et fiscal.



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